Restes humains, objets culturels : la Belgique face à deux héritages coloniaux distincts

Sous le terme générique de « restitution » se cachent en réalité deux dossiers bien distincts entre la Belgique et la République démocratique du Congo — l’un concerne des restes humains, l’autre des objets culturels. Il importe de ne pas les confondre : ils reposent sur des logiques juridiques et éthiques différentes, et n’avancent pas au même rythme.

Deux dossiers distincts, deux temporalités différentes

Les restes humains : une demande officielle très récente

Par une lettre datée du 5 juin 2026, la Première ministre congolaise Judith Suminwa Tuluka a saisi officiellement son homologue belge Bart De Wever pour exiger la restitution de plus de 500 restes humains — essentiellement des crânes — « collectés » dans un contexte colonial et toujours conservés dans des institutions scientifiques belges, au premier rang desquelles le Muséum des sciences naturelles de Bruxelles.

Ces restes ne sont pas une découverte : un groupe de travail scientifique belge, baptisé HOME (« Human Remains Origin(s) Multidisciplinary Evaluation »), en avait dénombré plus de 500 — 350 d’origine congolaise, 174 rwandaise et un burundaise — et avait recommandé dès mars 2025, avec le Comité consultatif de bioéthique de Belgique, leur rapatriement vers les pays d’origine. Jusqu’ici, cette recommandation scientifique n’avait pas débouché sur une démarche diplomatique formelle : c’est chose faite depuis ce courrier de juin 2026, qui déplace le dossier du terrain des experts vers celui, politique, des relations entre États. La Première ministre y rappelle que ces dépouilles appartiennent à des défunts qui doivent pouvoir reposer dignement sur leur terre d’origine, et ne sauraient rester traitées comme de simples pièces de collection. Le gouvernement fédéral belge a lui-même reconnu que ces restes n’ont plus leur place dans des musées en 2026 — mais aucune échéance ni procédure concrète de restitution n’a encore été fixée.

Les objets culturels : un chantier plus ancien, toujours en attente d’un traité

Le dossier, distinct, de la restitution des objets culturels (œuvres d’art, objets rituels, etc.) est ouvert depuis plus longtemps. Sur les quelque 84 000 objets d’origine congolaise recensés en Belgique, environ 1 500 sont déjà reconnus comme spoliés — volés, obtenus par la violence — et donc juridiquement éligibles à restitution. Une loi belge fixe le cadre général de cette restitution, mais sa mise en œuvre concrète dépend de la conclusion d’un traité bilatéral entre les deux États, réclamé de longue date par l’AfricaMuseum de Tervuren et toujours en négociation. Le geste le plus emblématique à ce jour reste la remise, en 2022, d’une dent de Patrice Lumumba à sa famille — un geste symbolique fort, mais isolé.

Sources :

  • Paris Match Belgique, Collections coloniales de restes humains : le gouvernement congolais demande officiellement la restitution des crânes conservés par des musées belges (23 juin 2026) — parismatch.be
  • AllAfrica (RFI), Le pays réclame officiellement à la Belgique la restitution de restes humains emportés durant la colonisation (24 juin 2026) — fr.allafrica.com
  • Africa Presse, RDC : Kinshasa exige de la Belgique la restitution des restes humains emportés à l’époque coloniale (24 juin 2026) — africapresse.com
  • Pour le dossier des objets culturels : Actualite.cd, Restitution des objets culturels de la RDC par la Belgique : en plus d’une commission mixte, un traité bilatéral devra être concluactualite.cd

Publié par Laurent Van B

Freelance copywriter, copyeditor, translator and translation coordinator from Brussels, Belgium.